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Chapitre II
Le matériel

Épisode 2
Toilettes d'usine

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Cet épisode, nettement digressif, propose une lecture d'un reportage consacré à la fabrication des cartes-mères et publié sur le site Tom's Hardware.


Deux reportages en usine permalien - haut de page

J'ai trouvé sur le site www.tomshardware.fr deux reportages menés dans des usines de fabrication de cartes, à Taiwan et en Chine. Ils ne portent aucune mention d'auteur ou de date.

Le premier reportage, intitulé Comment sont fabriquées les cartes-mères, se passe dans la société Gigabyte, établie à Taiwan, que Wikipedia donne pour le deuxième fabricant mondial de cartes-mères derrière Asus, également taiwanais.

Il présente les différentes étapes du processus d'assemblage d'une carte : sérigraphie, pose des CMS (assurée par des robots), refusion, pose des plus gros composants (assurée par des mains humaines), brasage à la vague, emballage, ainsi que les différentes opérations de vérification, effectuées tant par des humains que par des machines. Des commentaires précis accompagnent les images.

Cet article a dû être publié en 2008 – un lien pointant vers lui figure par exemple sur une page du site lemondenumerique.fr datée du 20 juin 2008. Il est est possible que les techniques de fabrication aient évolué depuis.

Le second reportage porte le titre Reportage en usine : comment fabrique-t-on une carte graphique ? L'usine visitée, qui se trouve en Chine, à Donnguan, appartient à l'entreprise PC Partner, établie à Hong Kong.

On peut supposer qu'en Chine comme en Europe, une société qui invite dans ses usines journalistes, blogueurs et influenceurs prend soin de ne montrer que la meilleure partie du décor. Certains détails troublants n'ont toutefois pas échappé à notre auteur anonyme : il nous gratifie, dans son introduction et dans sa conclusion, de quelques remarques qui témoignent de l'intérêt qu'il porte à la réalité sociale d'une Chine pourtant lointaine. Examinons ce qu'il nous dit.

Les conditions de travail sont très correctes permalien - haut de page

Dès la légende de la première photo, notre reporter pose sans détour la question des salaires :

Outre sa position centrale dans le réseau de production chinois, le principal atout de Dongguan réside dans ses salaires un peu moins élevés qu’ailleurs. Car il faut bien le rappeler, c’est le capitalisme pur et dur qui détermine le développement de la République Populaire de Chine.

Poussé par impératif moral – « il faut bien » –, l'auteur, qui ne mâche pas ses mots, qualifie d'entrée de jeu le capitalisme chinois de « pur et dur » – ce qui laisse à penser qu'il existe un capitalisme sale et mou.

On notera toutefois que les salaires ne sont pas qualifiés de bas : ils sont simplement décrits comme « un peu moins élevés qu'ailleurs ». Bien que cette caractéristique constitue le « principal atout » de Dongguan, il semble donc que le développement chinois a fait des hauts salaires une norme.

Ces préoccupations sociales, qui disparaissent durant le cours du reportage – l'opinion personnelle s'efface devant la rigueur du travail journalistique –, nous les voyons réapparaître dans les légendes des deux dernières images.

Sur la vingt-huitième photo, des êtres humains placent dans des boîtes en carton les produits dont l'assemblage est terminé, cependant que d'autres êtres humains, debout, les bras ballants ou bien croisés dans le dos, veillent à la bonne marche des opérations.

La légende précise :

Si tout s’est bien passé, le produit est empaqueté avec son lot habituel d’adaptateurs, DVD, notices d’utilisation. Sûrement une étape à haut risque, puisqu’on observe ici plus de surveillants, membres de la sécurité et autres compteurs, que d’empaqueteurs !

J'admire ici, dans la deuxième phrase (une phrase dont la proposition principale est dépourvue de verbe, ce qui constitue le signe indubitable d'une pensée énergique et préoccupée de vérité plus que de style), l'expression « étape à haut risque ». La réalité sociale chinoise, c'est que les ouvriers sont malhonnêtes ; cela fait partie des risques que patrons et investisseurs ont à gérer au quotidien. Notre reporter garde malgré tout son sens de l'humour : un point d'exclamation termine ce paragraphe – le cocasse de la situation ne lui a pas échappé !

La conclusion du reportage permet de préciser certains points :

Les conditions de travail sont très correctes chez PC Partner et d’autres fabricants reconnus comme MSI ou Gigabyte, mais ce n’est malheureusement pas toujours le cas. Le temps de travail n’est pas trop long, en partie aussi pour diminuer le risque d’erreur de la part de travailleurs fatigués.

Mais tout n’est pas parfait : pour la même tâche, les hommes sont systématiquement mieux payés que les femmes, et il nous a été impossible d’échanger franchement avec les employés, la peur de déplaire dans un système très surveillé est permanente, et accompagne les employés jusque dans les toilettes.

Je laisse au lecteur le soin de méditer sur cette tournure de phrase : « Les hommes sont systématiquement mieux payés que les femmes », qui ne dit pas tout à fait la même chose que : « Les femmes sont systématiquement sous-payées. »

Il faut retenir de tout cela que des « travailleurs fatigués » œuvrent dans des « conditions très correctes » ; que les salaires ne sont pas bas à proprement parler, mais – nous l'avons vu avec la première photo – « un peu moins élevés qu'ailleurs » ; et que l'entreprise, ne souhaitant pas diminuer le salaire des femmes, a généreusement augmenté – certes, non pas en valeur absolue mais en valeur relative – celui des hommes.

On appréciera enfin cette audace narrative consistant à faire s'achever dans des toilettes d'usine un reportage consacré à l'assemblage de la carte-mère. Notre journaliste a dû faire preuve d'une belle astuce pour semer son interprète, coincer un ouvrier entre deux urinoirs et tâcher de le faire parler.

La tentative, hélas, s'est soldée par un échec ; mais peut-être, si le journaliste avait fait preuve de plus de persuasion, aurait-on lu une réponse comme celle du Nègre du Surinam à Candide :

Oui, monsieur, c'est l'usage. On nous donne un caleçon de toile pour tout vêtement deux fois l'année. Quand nous travaillons aux usines de cartes-mères, et qu'une machine nous attrape le doigt, on nous coupe la main ; quand nous voulons nous enfuir, on nous coupe la jambe : je me suis trouvé dans les deux cas. C'est à ce prix que vous regardez Netflix.

Où j'utilise un outil développé par Google permalien - haut de page

Je me suis demandé quel reporter avait pu écrire des phrases si maladroites, quel éditeur les avait laissées passer, et j'ai soupçonnné que tomshardware.fr me donnait à lire une traduction, automatique peut-être, hâtive certainement, d'un article rédigé dans une autre langue. J'ai alors mené une rapide enquête – utilisant notamment, je ne chercherai pas à le cacher, le service de recherche d'images de Google. Voici ce que j'ai découvert.

Les photographies du reportage de tomshardware.fr se retrouvent sur un site allemand, igorslab.de, en illustration d'un article intitulé Von der nackten Platine bis zur hübschen Verpackung – Grafikkartenherstellung schnell erklärt. L'article mentionne une date – le 23 avril 2019 – et un auteur – Igor Wallossek.

Poursuivant mes recherches, je découvre que cet Igor Wallossek a parfois écrit pour Tom's Hardware – il y est même présenté, par l'auteur d'un article publié le 14 juin 2019, comme « notre collègue Igor Wallossek, spécialisé dans les mesures de consommation des cartes graphiques pour tous nos tests ».

Sur la page Wikipedia en anglais consacrée à Tom's Harwdare, j'apprends que le site appartient au groupe de médias britannique Future plc et qu'il est décliné en plusieurs langues – anglais, français, italien, finnois et russe.

Il en existait une version allemande, mais elle a fermé lors de l'application du RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données), dont on apprend grâce à la CNIL qu'il « encadre le traitement des données personnelles sur le territoire de l’Union européenne ». Je suppose que ce règlement a rendu certains sites Web moins rentables.

La déclinaison allemande de Tom's Hardware n'a cependant pas disparu dès le printemps 2018 : Igor Wallossek, qui était manifestement chargé de la maintenir, a lancé son propre site, gardant toutefois, par contrat de licence exclusive, le droit d'utiliser la marque.

(Ce qui précède est à considérer comme une traduction développée d'un paragraphe trouvé sur Wikipedia : « The German spin-off was to be closed because of the new data/privacy laws, but continued as an independent site, with an exclusive licence for the local usage of the brand name ».)

Je comprends enfin qu'à l'été 2019, Igor Wallossek a abandonné le nom Tom's Hardware ; il utilise désormais celui d'Igor's Lab, et pu reprendre des contenus déjà publiés – voir sur sur son site pour plus de précisions.

Poursuivons notre enquête.

Où je persiste à utiliser des outils développés par Google permalien - haut de page

J'ai voulu savoir à quoi ressemblait la version originale, celle qui est datée et signée, de ce reportage mené à Donnguan chez PC Partner.

Comme je ne parle pas allemand, et que j'avais hâte de tirer les choses au clair, j'ai eu cette fois-ci recours aux services de traduction de Google – je précise que mon site n'est pas sponsorisé et que si le nom de cette entreprise apparaît dans ces lignes, c'est d'abord par égard pour la vérité.

Après cette opération, je me suis donc retrouvé avec deux textes écrits dans un français plus ou moins correct :

J'ai alors procédé à une comparaison, paragraphe par paragraphe, de ces deux versions, qui m'ont paru très proches – malgré ses maladresses, 0 est conforme à T.

Les deux textes divergent toutefois en certains passages : ce sont précisément ceux qui m'ont fait tiquer lors de ma lecture de T.

Puisqu'il semble que la publication Web exige d'insérer des retours à la ligne fréquents ainsi que tout un appareil de titres, sous-titres et sous-sous-titres, en somme de morceler son texte, je vous propose de passer au paragraphe suivant.

(Au cas où mon lecteur ne l'aurait pas remarqué, je signale que nous nous trouvons ici au cœur d'une digression. Nous reviendrons bientôt à la carte-mère et au matériel ; puis, quand nous en aurons appris un peu plus sur le matériel, nous pourrons reparler du logiciel, de là expliquer ce qu'est un système d'exploitation et enfin évoquer Linux – je compte bien tenir les promesses faites au premier chapitre. Et peut-être même causerons-nous déjà un peu de Linux dans l'épisode suivant.)

Où je procède à une critique de mes sources permalien - haut de page

Ce paragraphe semblera peut-être assez laborieux, puisque je compte faire apparaître, pour chaque extrait que j'examinerai :

Je lance un appel : si tel ou tel de mes lecteurs dispose d'un niveau d'allemand lui permettant de traduire, avec précision, les passages que je présente, qu'il n'hésite pas à se mettre en rapport avec moi. Je serai heureux de pouvoir insérer ici une vraie traduction.

Image numéro 1 permalien

Voir l'image sur le site de Tom's Hardware.

Texte allemand :

In Dongguan (VR China) haben ja so einige Grafikkartenhersteller ihre Fabriken, auch wenn die Headquarter oft genug entweder in Taipei (Taiwan) oder Hong Kong sitzen. Produziert wird, wo man expandieren und Lohnkosten sparen kann, das ist eine Tatsache, die akzeptiert werden muss. Einfach mal eben so kommt man nicht nach China, zumindest nicht in die Volksrepublik.

Texte T (traduit par Tom's Hardware) :

À Dongguan, une ville-préfecture chinoise située dans le delta de la rivière des Perles entre Canton et Hong Kong, de nombreux fabricants de cartes graphiques ont installé leurs usines. Les centres de recherches et quartiers généraux sont plutôt situés à Taipei, la capitale taïwanaise, ou bien à Hong Kong. Outre sa position centrale dans le réseau de production chinois, le principal atout de Dongguan réside dans ses salaires un peu moins élevés qu’ailleurs. Car il faut bien le rappeler, c’est le capitalisme pur et dur qui détermine le développement de la République Populaire de Chine.

Texte O (traduit par Google) :

Certains fabricants de cartes graphiques ont leurs usines à Dongguan (RP Chine), même si le siège social est souvent situé à Taipei (Taiwan) ou à Hong Kong. Produire là où vous pouvez vous développer et économiser sur les coûts de main-d'œuvre est un fait qui doit être accepté. Ce n'est tout simplement pas le moyen d'arriver en Chine, du moins pas en République populaire.

Dans cette introduction, O évoque bien les raisons qui poussent les entreprises de Taiwan et Hong Kong à installer des usines en Chine, mais il n'utilise pas ce gros mot, qui sonne faux, de « capitalisme pur et dur ».

La réalité que T évoque comme des « salaires un peu moins élevés qu'ailleurs », O la décrit avec plus de précision : il s'agit d'« économiser sur les coûts de main-d'oeuvre ».

Image numéro 4 permalien

Voir l'image sur le site de Tom's Hardware.

Texte allemand :

Jeder Hersteller hat hier noch an bestimmten Stellen abweichende Stationen wie z.B. die Lagerhaltung, Puffer zwischen SMT und der manuellen Bestückung, bei den Nacharbeiten, Test und der Verpackung. Aber auch darauf werde ich, herstellerneutral, noch genauer eingehen. Die Bilder sind ausschließlich eigenes Material von mir und wurden von den Herstellern (überwiegend PC Partner) auch zur Veröffentlichung freigegeben. Das ist schon eine eher seltene Gelegenheit, denn in anderen Fabriken muss man nicht nur die Kameras, sondern auch alle Smartphones und sogar die Smartwatches abgeben. Security auf allen Ebenen ist eh selbstverständlich und auch physisch anwesend.

Texte T (traduit par Tom's Hardware) :

Le hall d’accueil de PC Partner donne une fausse impression de calme. En vérité travaillent ici plusieurs centaines d’employés en trois services. PC Partner est l’un des plus gros fabricants de matériel informatique, en particulier de cartes graphiques, au monde. Il possède notamment les marques Zotac, Inno3D et ManLi, mais il fabrique des cartes graphiques et autres composants pour de nombreuses autres marques.

Texte O (traduit par Google) :

Chaque fabricant a toujours des stations différentes à certains points, par exemple entreposage, tampon entre le CMS et l'assemblage manuel, lors des retouches, des tests et de l'emballage. Mais j'y reviendrai également plus en détail, quel que soit le fabricant. Les images sont exclusivement mon propre matériel et ont également été publiées pour publication par les fabricants (principalement PC Partner). C'est une opportunité assez rare, car dans d'autres usines, vous devez non seulement remettre les appareils photo, mais aussi tous les smartphones et même les montres connectées. La sécurité à tous les niveaux est une évidence et est également physiquement présente.

Ici, Igor Wallossek écrit qu'il a eu de la chance de pouvoir prendre ces images, rappelle que, dans d'autre usines, le visiteur doit remettre à l'entrée appareils-photo, smartphones et montres connectées, et insiste sur l'omniprésence de la sécurité au cours de la visite.

Ce commentaire, qui évoque la réalité d'une visite d'usine, a été remplacé dans T par une présentation élogieuse de PC Partner (« un des plus gros fabricants de matériel informatique [...] au monde ») ainsi que des marques qu'il possède. Toute référence à la sécurité et à la surveillance a disparu. Si le calme règne dans le hall d'entrée, ce n'est pas à cause d'une surveillance constante, mais probablement parce que le Chinois est discipliné (c'est bien connu).

La personne qui a adapté ce texte en français est d'ailleurs suffisamment habile pour voir au-delà des apparences : il ne peut s'agir sur cette photo que d'une « fausse impression de calme », puisque la puissante entreprise PC Partner emploie « plusieurs centaines d'employés » (le Chinois, bien que discipliné, reste tout de même bruyant).

Image numéro 28 permalien

Voir l'image sur le site de Tom's Hardware.

Texte allemand :

Wenn alles funktioniert, dann darf das Produkt auch in eine bunte Kiste – samt des üblichen Beifangs wie Adapter, DVDs usw. Auch hier gibt es fast mehr Aufpasser, Erbsenzähler und Security als Fließbandarbeiter.

Texte T (traduit par Tom's Hardware) :

Si tout s’est bien passé, le produit est empaqueté avec son lot habituel d’adaptateurs, DVD, notices d’utilisation. Sûrement une étape à haut risque, puisqu’on on observe ici plus de surveillants, membres de la sécurité et autres compteurs, que d’empaqueteurs !

Texte O (traduit par Google) :

Si tout fonctionne, le produit peut également être placé dans une boîte colorée – y compris les prises accessoires habituelles telles que les adaptateurs, les DVD, etc. Ici aussi, il y a presque plus de chiens de garde, de compteurs de grains et de sécurité que les travailleurs de la chaîne de montage.

Le texte français T reprend le contenu intégral de la légende de O, y compris l'idée que le nombre des surveillants dépasse celui des travailleurs ; mais il ajoute des éléments que nous avons déjà examinés : le traducteur souligne qu'il s'agit là d'une « étape à haut risque » et termine sa phrase par un point d'exclamation.

Ce commentaire plein d'esprit apparaît donc comme la production d'un traducteur qui, bien que n'ayant jamais mis les pieds dans l'usine de PC Partner, tient le lecteur francophone en telle estime qu'il va jusqu'à enrichir pour lui le texte original.

Quant aux « travailleurs de la chaîne de montage » dont il est question dans O, la version T les transforme en simples « empaqueteurs » – dans le texte allemand, on est soumis toute la journée à des cadences difficiles et, probablement, on souffre ; dans le français, on empaquette.

Alors que le statut de travailleur peut se revendiquer, l'empaqueteur, lui, n'a aucune réalité sociale – il occupe une condition si négligeable que le mot qui le nomme, d'ailleurs, n'existe pas dans le dictionnaire français : l'auteur, qui a forgé un néologisme à la va-vite, empaquette ainsi ces hommes et ces femmes dans son mépris.

Image numéro 29 permalien

Voir l'image sur le site de Tom's Hardware.

Texte allemand :

Man muss auch erwähnen, dass Männer stets mehr verdienen als Frauen, selbst wenn sie die gleiche Tätigkeit ausführen. Hier ist noch Einiges zu ändern, wenn der soziale Frieden gewahrt bleiben soll. Allerdings war es selten möglich, direkt mit den Beteiligten zu sprechen, denn der Überwachungsstaat mit den sozialen Konten des perfekten Wohlverhaltens funktioniert sprichwörtlich bis aufs Klo.

Zur Ehrenrettung muss man allerdings auch festhalten, dass hier die Arbeitsbedingungen in Firmen wie PC Partner, MSI oder Gigabyte vergleichsweise gut bis sehr gut sind, wenn man es mit dem chinesischen Durchschnitt vergleicht. Neben diversen sozialen Einrichtungen sind die Arbeitszeiten nicht überlang, schon allein um den Ausschuss zu minimieren. Den Rest kann ich nicht kommentieren, denn auch als Besucher ist man unter permanenter Überwachung. Wer auch nur ansatzweise paranoid ist, sollte dort gar nicht erst hinfliegen. Besser ist besser.

Texte T (traduit par Tom's Hardware) :

Les conditions de travail sont très correctes chez PC Partner et d’autres fabricants reconnus comme MSI ou Gigabyte, mais ce n’est malheureusement pas toujours le cas. Le temps de travail n’est pas trop long, en partie aussi pour diminuer le risque d’erreur de la part de travailleurs fatigués.

Mais tout n’est pas parfait : pour la même tâche, les hommes sont systématiquement mieux payés que les femmes, et il nous a été impossible d’échanger franchement avec les employés, la peur de déplaire dans un système très surveillé est permanente, et accompagne les employés jusque dans les toilettes.

Texte O (traduit par Google) :

Il convient également de mentionner que les hommes gagnent toujours plus que les femmes, même s'ils font le même travail. Il y a encore beaucoup à changer ici si la paix sociale doit être préservée. Cependant, il était rarement possible de parler directement aux parties impliquées, car l'état de surveillance avec les comptes sociaux de bonne conduite fonctionne littéralement jusqu'aux toilettes.

Pour sauver l'honneur, cependant, il faut également noter que les conditions de travail dans des entreprises telles que PC Partner, MSI ou Gigabyte sont relativement bonnes à très bonnes si vous les comparez à la moyenne chinoise. Outre les diverses institutions sociales, les horaires de travail ne sont pas trop longs, ne serait-ce que pour minimiser le comité. Je ne peux pas commenter le reste, car même en tant que visiteur, vous êtes sous surveillance constante. Quiconque est même légèrement paranoïaque ne devrait même pas y voler. Mieux vaut mieux.

Les conclusions diffèrent sensiblement chez O et T, non pas tant à cause de leur contenu – T n'ajoute rien et ne retranche pas grand-chose –, qu'à cause de l'ordre où les idées sont présentées.

Je rappelle comment elles s'enchaînent chez T :

Voici maintenant l'ordre où ces idées apparaissent chez O, ordre qui leur donne un tout autre sens :

Qu'est-ce qu'un contenu Web ? permalien - haut de page

Ce texte publié sur Tom's Hardware, qui commence par évoquer le « capitalisme pur et dur », et fait plusieurs allusions à l'aspect social de la fabrication des cartes-mères, chante les louanges de la société PC Partner et du bon traitement qu'elle réserve à ses employés.

Mais alors, pourquoi évoquer les inégalités de salaire entre les hommes et les femmes ? Pourquoi parler d'un « système très surveillé » ? Pourquoi faire semblant de se préoccuper de justice sociale ? Pourquoi ne pas passer tout cela sous silence ?

Je hasarde une réponse : l'article non signé de Tom's Hardware recherche la couleur locale. Il fait du pittoresque. Un reportage en Chine qui ne mentionnerait ni pollution, ni bas salaires, ni surveillance constante, et qui ne contiendrait pas le moindre élément critique, ce reportage ne vaudrait rien ; il disqualifierait son auteur ; il serait assimilé sans doute possible à un morceau de propagande ou de publicité.

Le Chinois, pour Tom's Hardware, se définit comme un être humain exotique, discipliné, vivant de peu, maîtrisant l'électronique et respirant un air vicié. L'occidental, quant à lui, moins travailleur peut-être, sait prendre le temps de vivre ; les questions de droits de l'homme et de justice ne lui sont pas étrangères ; il aime sa liberté – en France, au XXIe siècle, le mot de « liberté » désignait la possibilité de s'acheter, après lecture des contenus de Tom's Hardware, une carte graphique dotée du meilleur indice de performance qui soit.

Le pittoresque permet, tout en montrant la réalité sociale, de la tenir à distance – vidée de sa substance, elle survit comme un simple thème littéraire. Il ne faudrait pas que le lecteur se forme une représentation trop précise des structures de l'économie mondiale – ainsi continuera-t-il à jouir de marchandises bon marché ; le sentiment qu'il faille pour cela exploiter son semblable ne viendra pas le troubler ; comble du chic, il pourra rejeter sur des peuples à peine civilisés l'accusation de salir la planète. Il ne faudrait pas non plus que, témoin d'injustices lointaines, il en vienne à souhaiter de mettre fin à celles qui se commettent chez lui. (Malgré le ton peut-être véhément que j'emploie ici, je n'ai pas le souvenir d'avoir jamais rien entrepris pour lutter contre les injustices commises chez moi.)

*

Je pense que nous tenons là un bon exemple de ce qu'est un contenu Web, que je définis comme une production verbale dotée des caractéristiques suivantes :

(À propos du premier point de cette définition, je précise qu'un auteur qui a recours à l'anonymat ou au pseudonymat, ou dont le nom cache un collectif, reste un auteur, c'est-à-dire quelqu'un qui ancre un texte dans le monde.)

Nous avons vu, dans le prologue, que le plagiat remplaçait une idée fausse par une idée juste, que la compilation, la rédaction de versions successives et modifiées d'un texte avaient doté Virgile de beaucoup de repartie. Ici, c'est l'inverse : en s'éloignant de sa source, le contenu s'édulcore, s'imprécise, s'émousse. Il s'empaquette de bêtise.

*

Il est temps de te dire au revoir, lecteur. Dans le prochain épisode, nous reviendrons à la carte-mère et évoquerons notamment le BIOS.